Cinéma & Livres

Projet Dernière Chance : la meilleure adaptation d Andy Weir, et ce n est pas rien

29 mars 2026 · José María Palazón Molina · 8 min de lecture

 AVERTISSEMENT : cet article évite les spoilers majeurs. Vous pouvez le lire avant de voir le film.

J attendais ce film depuis des années. J ai lu « Project Hail Mary » d Andy Weir dès sa sortie, en 2021, et je l ai refermé avec cette sensation que peu de romans procurent : celle d avoir découvert quelque chose dont on ignorait avoir besoin jusqu à ce que ce soit déjà en nous. Le roman est extraordinaire. Et les adaptations de romans extraordinaires ont la fâcheuse habitude de vous briser le cœur.

Projet Dernière Chance ne m a pas brisé le cœur. Bien au contraire.

Le film réalisé par Phil Lord et Christopher Miller, avec Ryan Gosling dans le rôle de Ryland Grace, est sorti en Espagne le 27 mars 2026. Je l ai vu en avant-première et je suis sorti de la salle en faisant ce que je ne fais presque jamais : chercher la bande-annonce pour l envoyer à quelqu un avec un simple « il faut que tu le voies ». Si vous connaissez le livre, vous savez déjà pourquoi. Et si vous ne le connaissez pas, cet article tente de vous expliquer ce qui rend ce film si particulier.

D abord, le contexte : de quoi s agit-il

Ryland Grace se réveille seul à bord d un vaisseau spatial. Il ne se souvient pas de son nom. Il ne se souvient pas de la raison de sa présence. À ses côtés gisent deux cadavres. À travers des flashbacks qui restaurent peu à peu sa mémoire, le spectateur reconstitue la situation avec lui : le soleil s éteint lentement, dévoré par des micro-organismes appelés astrophages. L humanité a des années devant elle, pas des décennies. Et Grace est la dernière cartouche.

Le film est écrit par Drew Goddard, le scénariste qui avait déjà adapté Seul sur Mars en 2015. Que l homme qui avait si bien compris Mark Watney revienne pour porter Ryland Grace à l écran n est pas un hasard : c est la décision la plus intelligente que le studio pouvait prendre.

9/10

Projet Dernière Chance (2026)

Phil Lord & Chris Miller · Ryan Gosling · Drew Goddard · Amazon MGM Studios · 141 min

Ce qui m a le plus surpris : la fidélité au livre

Les adaptations cinématographiques de romans de science-fiction partagent un problème structurel : la science ennuie les producteurs. La première chose à disparaître du scénario, ce sont les explications techniques, les processus de résolution de problèmes, toute cette chaîne logique qui fait précisément la singularité de ces histoires. Dans Seul sur Mars (2015), cela s est ressenti : un bon film, mais la science est passée au second plan derrière le spectacle.

Pas ici. Lord et Miller ont compris que la science n est pas l obstacle du récit : elle est le récit. Voir Grace calculer, se tromper, recalculer, bricoler des solutions avec les moyens du bord à bord d un vaisseau à des années-lumière de tout secours est aussi haletant que n importe quelle course-poursuite. Le spectateur apprend des choses en se rongeant les ongles. C est ce que fait Weir sur le papier, et c est ce que le film parvient à transposer à l écran.

Ryan Gosling comme vous ne l avez jamais vu

Depuis des années, Gosling joue des personnages qui dissimulent quelque chose sous une surface tranquille : le chauffeur silencieux de Drive, Ken dans Barbie, le réplicant de Blade Runner 2049. Ryland Grace, lui, est différent. C est un type qui pense à voix haute, qui monologue avec son vaisseau, qui célèbre ses victoires comme un enfant et pleure ses échecs sans pudeur. C est le personnage le plus expressif que Gosling ait incarné depuis longtemps, et l on sent qu il s est régalé.

Il y a une scène en particulier, la première fois où Grace comprend à qui il parle, qui est sans exagérer l une des plus belles choses que j aie vues dans une salle de cinéma depuis des années. Juste Gosling, une réaction, et pas un mot de dialogue. Le cinéma tel qu il devrait être.

Et puis il y a Rocky

Le personnage de Rocky, l extraterrestre que Grace rencontre au cours de son voyage, était le plus grand risque de l adaptation. Dans le livre, il fonctionne parce que Weir construit patiemment la logique de sa communication, de sa biologie, de sa façon de voir le monde. Au cinéma, au rythme qu impose le médium, cette construction pouvait s effondrer.

Elle ne s effondre pas. James Ortiz lui prête sa voix (avec un travail sonore impressionnant pour reproduire la manière dont Rocky parle) et l équipe des effets visuels a conçu une créature à la fois étrange et parfaitement fidèle à ce que décrit le livre. À la moitié du film, on oublie qu il s agit d images de synthèse. C est simplement Rocky. Et c est tout ce qu il fallait.

Phil Lord et Chris Miller hors de leur zone de confort

Les réalisateurs de La Grande Aventure LEGO et de Spider-Man : New Generation sont des maîtres du chaos maîtrisé, d un humour qui n interrompt pas l émotion mais l amplifie. Projet Dernière Chance est le film le plus ambitieux qu ils aient réalisé, par son ampleur et par son ton, et à certains moments on perçoit la tension entre leur instinct ludique et les exigences du récit.

Mais quand cela fonctionne —et cela fonctionne pendant la majeure partie de ses 141 minutes—, la combinaison est exactement celle que réclamait la matière : une science-fiction qui prend la science au sérieux sans jamais oublier que l humour est un mécanisme de survie, et non une concession au public.

Sandra Hüller, pour son premier grand rôle hollywoodien, compose une Eva Stratt d une autorité froide recouvrant une couche d humanité enfouie très profond. Une interprétation tout en retenue, dans un rôle qui, entre d autres mains, aurait pu paraître plat. Pas ici.

Est-il vraiment si fidèle au livre ?

Il y a des changements. Il y en a toujours, et ceux qui connaissent le livre les repéreront. Certains rythmes des flashbacks sont condensés. Telle explication scientifique est simplifiée pour ne pas perdre le spectateur lycéen venu sans rien avoir lu. Il y a deux ou trois choix narratifs, dans le troisième acte, que le livre résout autrement.

Mais l esprit est intact. La question centrale du roman —que faisons-nous quand la logique et la science sont tout ce qu il nous reste— est présente dans chaque plan. Et la fin, qui était le plus grand champ de mines de l adaptation, est traitée avec une honnêteté que je n attendais pas d une production de cette envergure.

Weir était présent à l avant-première mondiale à Londres, le 9 mars. Que l auteur sourie sur les photos de la première ne prouve rien, mais ce n est pas non plus un mauvais signe.

Les chiffres parlent aussi

Avec 140,9 millions de dollars pour son premier week-end mondial —80,5 aux États-Unis, un chiffre qui a dépassé toutes les prévisions— Projet Dernière Chance signe le meilleur démarrage hollywoodien de ce début 2026. Sur Rotten Tomatoes, il dépasse 90 % d avis critiques favorables. Sur IMDb, les utilisateurs lui accordent 8,6. SensaCine lui donne 4,5 sur 5.

Ces chiffres comptent parce qu ils confirment une chose que le cinéma commercial oublie parfois : le public veut de la science-fiction intelligente. Pas seulement du spectacle. Il veut des personnages qui réfléchissent, des problèmes à résoudre, des émotions qui se méritent. Weir le savait en écrivant le livre. Lord et Miller l ont compris en l adaptant.

Si le film vous a donné envie de lire…

Avant de revenir au livre de Weir —que vous devriez lire si ce n est pas déjà fait—, vous pouvez explorer une histoire qui partage le même ADN : un type ordinaire piégé dans un environnement impossible, une logique de programmeur appliquée à la survie, et l humour noir pour seul bouclier. Sauf que cette fois l espace, c est le désert du Namib, et le héros, c est vous, en quête de réseau pour tweeter.

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Conclusion : allez le voir au cinéma

Projet Dernière Chance est de ces films qui réclament la grande salle. Pas pour les effets visuels, aussi excellents soient-ils. Mais parce que la solitude de Grace dans l espace pèse davantage dans l obscurité, le silence entre deux êtres qui ne partagent pas de langue se ressent plus fort quand le son vous enveloppe, et la fin —cette fin— mérite d être vécue sans la télécommande à portée de main.

Rares sont les films qui vous donnent envie, en sortant, d étudier la physique. Celui-ci y parvient. Et en prime, il vous fait pleurer pour un extraterrestre qui ressemble à un caillou sur pattes. Pas mal pour 141 minutes un jeudi de mars.

L un des meilleurs films de science-fiction de la dernière décennie. Sans trucage et sans faux-semblant.